Du Moyen-Âge à la Révolution

Publié par Maurepas d'hier et d'aujourd'hui - 01 mai 2009

L’abbé de Saint Denis décide donc de céder la Châtellenie de Malrepast à la plus riche famille du secteur, qui prend pour sien le nom du village. Ce territoire mesure 7 lieue de tour, commence à l’extérieur du village d’Yvette, comprend Coignières, Malrepast, Le Tremblay, une partie de Saint Rémi et de Bazoches, de Chennevières et d’Elancourt, et de La Verrière.

La défense s’organise. Des maisons de torchis couvertes de chaumes sont construites entre le ru de la Mauldre et la demeure de Malrepast juchée sur les hauteurs (emplacement de l’actuel donjon) pour regrouper les habitants disséminés dans les bois.

LE SYSTEME FEODAL s’organise.

DEVOIRS ENVERS LA NOBLESSE

Vers 1060, sous le règne de Philippe 1er, le seigneur de Malrepast est le vassal du seigneur de Chevreuse, dont le suzerain est le seigneur de Choisel.

Il doit donc aider le seigneur de Chevreuse à rendre justice, à faire la guerre et partir en croisade à ses côtés. Il doit participer au financement du mariage de la fille de son suzerain, à la dotation du fils qui entre en chevalerie, de la rançon en cas d’emprisonnement.

En 1276, changement de hiérarchie : Monsieur de Choisel fait hommage à l’évêque de Paris, et deux ans plus tard lui vend ses droits sur la châtellenie de Malrepast.

DEVOIRS ENVERS LE PEUPLE

Le seigneur de Malrepast a aussi des devoirs envers les vilains du lieu : il doit les protéger en temps de guerre, leur fournir du travail, et rendre justice.

Ces devoirs lui donnent des droits qui, habilement renforcés, sont une lourde charge pour le peuple. En effet, le seigneur possède les serfs corps et âmes : ils doivent verser humblement un impôt (chevage) « en guise de reconnaissance », payer le droit de se marier avec une fille étrangère au village (formariage), payer un lourd tribu pour être affranchi, l’héritage du serf mort sans descendance revient au seigneur. Le statut du serf est quasi le même que celui de l’esclave dans l’antiquité.

Les terres appartiennent toutes au seigneur.

Autour de la demeure du Seigneur s’étend le mansus indominicatus, c’est-à-dire sa réserve personnelle contenant jardins, pièce d’eau, réserve de chasse, et les champs cultivés par les serfs et vilains. Au-delà, la terre est morcelée en manses, exploitations cultivées par les vilains (paysans) Malrepastiens qui versent une redevance au Seigneur, les censives.

Le seigneur possède aussi des heures de travail des vilains malrepastiens.

Trois jours par semaine servent à la construction du château et de la chapelle, à l’entretien des bâtiments, des chemins, à la culture de la réserve seigneuriale.

LA DEMEURE SEIGNEURIALE

 

Au IX ème siècle, la famille de Malrepast fait jucher sa demeure sur une motte artificielle édifiée pour accroître le champ visuel en cas d’attaque ennemie. Il s’agit d’un édifice en bois de trois étages, le sous-sol étant creusé dans la motte.

Au XI ème, elle est reconstruite en pierres, plus solide en cas d’attaque ou d’incendie, au même emplacement. Les vilains charrient des tonnes de meulières des carrières environnantes, et les maçons entreprennent la construction qui durera 3 ans ! Des souterrains sont creusés pour rejoindre la maison comtale de Montfort et le château du seigneur de Neauphle distantes d’une dizaine de kilomètres.

Il s’agit d’un édifice rectangulaire, inscrit dans une cercle de cent pas de diamètre, découpé de crénelages protégeant le chemin de ronde, le tout entouré d’un large fossé. Il reste aujourd’hui l’ouverture ogivale d’arcade en tiers point, pratiquée au nord de l’enceinte. Le seigneur de Malrepast a commandé un lourd pont-levis pour franchir le fossé.

Une chapelle était nécessaire à la vie de la communauté. Elle a été construite en meulières, accolée à la seconde porte intérieure de la forteresse, dans la « baille » (la basse-cour) pour le Seigneur et les villageois. Dès le XI ème siècle, elle comportait deux travées pour le chœur et trois pour la nef. Elle était décorée par des motifs géométriques peint sur l’enduit (il reste quelques traces), une colonne massive surmontée d’un chapiteau orné de motifs végétaux et de clés en tête à tête révèle l’existence d’un petit collatéral à deux travées , la voûte était en bois. La maison du chapelain est accolée à la chapelle.

Les communs qui regroupent les divers artisans (forgeron, charron et tailleur) se serrent au nord ouest, entre le puits et la mare, et le four et le pressoir, séparés de la demeure seigneuriale par un mur crénelé.

Au-delà, le donjon, masse de 20 mètres de haut et 17 de diamètre, domine les écuries seigneuriales. Il était surmonté d’une échauguette en bois destinée au guetteur.

L’ensemble de ce bâti assure la protection de la population de Malrepast. Construction et entretien sont donc assurés par les paysans (jours de Corvée). De plus ils doivent régler un certains nombre de redevances comme les banalités : paiement par une part des récoltes pour l’usage du pressoir et du four.

LES HABITANTS PAIENT DONC UN BON PRIX LA PROTECTION CONTRE UN EVENTUEL ENVAHISSEUR !

Ce fonctionnement perdure pendant le règne des Capétiens, puis des Valois malgré une suite de famines cycliques, notamment celle déclenchée par la guerre de cent ans, où les soldats du roi Philippe VI pillent, tuent, incendient le village …La famille de Malrepast s’appauvrit tant qu’elle doit vendre ses terres et finit par s’enfuir. A cette époque, le Dauphin Charles cède par le décret de Calais, un tiers de la France aux anglais.

En 1350, le riche Ingerger se prétend sire d’Amboise, de Chevreuse et de Malrepast obtient 2 « arrière fiefs », Moulineuf et Villeneuve.

Dans cette débandade, un seigneur brigand, Haymond de Massy s’empare du château, les villageois se sont enfuis, les brigands rançonnent les voyageurs, terrorisent, assassinent … Cette situation dure entre 1364 et 1432 malgré la cession de la châtellenie à Pierre de Chevreuse.

C’est le Comte d’Arundel, seigneur de Maltravers qui met fin à cette situation en 1432. Il est lieutenant général du roi d’Angleterre et du Régent, avec une armée de 1200 archers et 400 lanciers, il est chargé de reprendre toutes les forteresses de la région de Montfort.Le 11 septembre 1432, il prennent la maison forte de Malrepast. Il semblerait que la tour aurait été coupée dans le sens de la hauteur afin qu’elle ne puisse être reconstruite, à moins que ce ne soient les paysans de retour à Malrepast qui aient utilisé les pierre pour la reconstruction de la demeure seigneuriale et de la maison des palefreniers commandée par le Duc de Chevreuse, et leur propre maison !

De même, aurait disparue la forteresse située sur le plateau, au milieu des douves toujours existantes, faisant aujourd’hui parti de la ferme Belledent. Ce bastion, relié par souterrain, aurait en effet permit d’observer l’arrivée d’ennemis non visibles de la demeure seigneuriale.

Mais le roi Louis XI ne peut maintenir l’ordre, la famine règne, les impôts sont très lourds.

En relisant Théophile Gautier dont l’arrière grand père était serf de Malrepast, on apprend comment ce dernier à réussi à s’affranchir après la guerre de cent ans.

La châtellenie de Maurepas change trois fois de propriétaires en cinquante ans : Maison de Chevreuse, duc d’Etampes, et Cardinal de Lorraine en 1577, pour un siècle, sans toutefois s’intéresser de cette terre.

Avec le règne de François 1er, s’organise le quotidien, mais le paysan doit fournir à tous quand bien même il ne lui reste rien !

En compensation de toutes ces peines, sont offerts quelques cadeaux d’ordre religieux : moyennant une obole, il est possible d’être inhumé dans l’église, sinon, au cimetière situé sur l’actuel lieu dit « les Petits Houx », les curés, au milieu du Chœur. En 1776, un nouveau cimetière, à l’emplacement du monument aux morts, est ouvert sur décret royal, question d’hygiène. Fin XVIème, le Duc de Chevreuse offre les fonts baptismaux, en calcaire peint imitation marbre cuivré, un écusson permet d’identifier le donateur. Marie de Rohan offre deuxcloches.

Enfin, en 1598, la taille est baissée d’un tiers, et il est interdit de saisir « la personne du laboureur », de ses instruments ou de son bétail ! Un temps de répit.

La misère paysanne reprend pendant la guerre de trente ans (1618 – 1648), des hommes sont enlevés, vêtus aux frais des villageois et enrôlés, les vivres sont volés, les impôts relevés. Les intempéries, déluge en 1651, sècheresses de 1662 et 1693 détruisent les récoltes amenant disette et épidémies de peste.

EN 1621 ? LE Cardinal de Richelieu impose la destruction totale de la forteresse de la plaine, et il ne reste que les angles de l’église paroissiale, la porte ogivale, la ferme et ce que nous voyons encore aujourd’hui du donjon, réduit d’un tiers de sa hauteur, et tronqué de sa moitié.

Dans ce village oublié, arrivent ingénieurs et terrassiers : les eaux de toute la contrée vont alimenter Versailles. Des rigoles sont creusées, drainant l’eau qui est canalisée vers l’étang du Mesnil Saint Denis, puis de Saint Quentin à Trappes, et enfin Versailles. Les terres sont par la même occasion assainies et données à la culture.

En 1691, le village est érigé en comté, et donné au Comte de Pontchartrain, Louis Phélypeaux, d’une famille blésoise anoblie au Xvème. Intendant des finances, puis secrétaire d’Etat en 1690, sa carrière est couronnée par les postes de Chaéncelier et de Garde des Sceaux en 1691, et par le don du Comté de Maurepas.

Bon seigneur de Maurepas, il donne 300 livres pour l’entretien d’un chapelain qui tient l’école à Jouars. Son épouse veille sur la population et nourrit 2000 personnes durant les disettes.

La vie paysanne s’est quelque peu améliorée, mais l’outillage reste vétuste, la terre est pauvre, les intempéries ravagent régulièrement le maigre résultat. Les impôts royaux sont lourds, les famines reviennent régulièrement. Les autorités royales et seigneuriales s’assouplissent un peu : un agent municipal, le syndic, est chargé de la tâche ingrate d’intermédiaire entre les villageois, le seigneur propriétaire des terres, et l’intendant, représentant du roi. Il a un rôle administratif, détient les clés du coffre, informe l’intendant sur les épidémies, incendies, dénonce les impositions illégales, gère les 12 jours de corvée royale (supprimée par édit en 1774). En 1780, le Comte de Maurepas, Jean Frédéric Phélypeaux fait aménager Saint Sauveur.

A la veille de la révolution, Maurepas compte 256 habitants, les ¾ issus de vieilles souches. Ce sont des familles avec deux ou trois enfants, de laboureurs, vignerons, charretiers, journaliers, pour 97%, plus, 2 couvreurs, 2 tisserands, un tailleur, un maréchal-ferrant et un charron. 8.5 % sont riches, 23 % aisés, 36 % sont dans la misère. C’est une population jeune, il est rare de vivre au-delà de 40 ans.

Les cultures sont principalement céréalières (sur le plateau), vignes (Varigonde), élevage (Villeneuve), forêt (zones plus accidentées).

Quelques uns savent lire, rarement écrire ; aussi sont-ils guidés par : le curé, le marguillier (élu, chargé de gérer les revenus de la paroisse), le syndic (médiateur, défini ci-dessus) et le collecteur d’impôts, et le seigneur propriétaire, Duc de Brissac, (J.F. Phélypeaux n’ayant pas de descendance) représenté par son intendant du château.